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Le travail en équipe

DEFINITIONS

L'équipe, c'est un regroupement de personnes, une coopération entre un nombre limité de professionnels différents, se considérant comme collectivement responsable d'une réalisation et obligés de se compléter pour réaliser l'objectif. (R. Lafon)

Equipe : petit groupe coopératif, motivé pour une tâche commune, solidaire, caractérisé par l'unité, la cohésion et l'esprit d'équipe. Equipe viendrait du vieux français "esquif", suite de chalands attachés les uns aux autres, et tirés par des hommes et des chevaux.

CARACTERISTIQUES D'UNE EQUIPE

Dans la catégorie des groupes primaires (taille optimale : 5 ou 6), l'équipe est une variété originale, qui ajoute à la cohésion socio-affective et aux relations interpersonnelles de face à face, une caractéristique supplémentaire : celle de la convergence des efforts pour l'exécution d'une tâche qui sera l'oeuvre commune.

Il y a travail d'équipe lorsque :

* Un groupe se définit un (ou des) objectif(s) précis de production dans un but collectif accepté et voulu par tous.

* Le groupe d'individu élabore des règles de travail constitutives d'un cadre méthodologique propre à lui permettre l'atteinte des objectifs fixés (organisation du fonctionnement et répartition des tâches).

* La qualité ou la nature du travail individuel se trouve modifiée du fait de la mise en oeuvre de la méthode de travail d'équipe (contraintes qui découlent du travail collectif).

* L'engagement personnel de chaque individu envers le groupe est librement consenti.

FONCTIONNEMENT DU TRAVAIL EN EQUIPE

L'équipe est un groupe primaire restreint, ce qui renvoie à toutes les étapes de constitution et de maturité des groupes. Il y a deux structures internes dans l'équipe, qui répondent à deux besoins fondamentaux : besoin de sécurité et besoin de dépassement.

1. Une structure affective Les affinités ou les antipathies rapprochent ou éloignent les partenaires. Les courants affectifs créent des sous groupes dont l'efficacité est assurée s'ils sont solidaires, ou dont l'efficacité baisse s'ils s'opposent. Cette menace qui pèse sur la cohésion et le rendement est plus apparente quand les catégories de personnel sont différentes, chaque catégorie s'organisant en raison de ses intérêts.

2. Une structure opérationnelle

Elle met en évidence l'importance des personnes influentes. Si elles sont plus attentives à leurs intérêts personnels qu'à la collectivité, les contradictions internes naissent et envahissent, les conflits se développent jusqu'à éclatement de la cohésion.

Si au contraire elles sont soucieuses du bien-être individuel et de l'intérêt collectif, les réseaux d'affinités se multiplient, se diversifient et permettent aux capacités intellectuelles de se développer.

Le pouvoir attractif de la tâche peut-être ressenti différemment par chacun. Certains adhèrent spontanément à l'action. D'autres ont plus de modération. Ce qui est important, c'est la signification que chaque participant attribue à son engagement. Cet engagement se traduit par l'expression de l'ensemble des capacités et ne peut pas être mesuré en fonction des statuts.

EX. : si les tâches dites "nobles" sont réservées à une catégorie de personnel, tandis que les tâches ingrates appartiennent aux autres, la cohésion reste une utopie. Dans ce cas, quelque soit l'intérêt de la tâche, les frustrations entraînent des réactions négatives (agressivité - apathie - absentéisme).

LES MYTHES DU TRAVAIL EN EQUIPE

1. Le travail en équipe comme "nécessité" et "label de qualité"

Le travail en équipe n'est pas un devoir, il s'impose dans certaines situations comme seule méthode susceptible de permettre l'atteinte des objectifs, mais il peut dans d'autres cas s'avérer inadapté et inefficace.

2. La durée ou la "Permanence" de l'équipe

Dans la structure élaborée pour atteindre efficacement un objectif, il est inscrit dans cette structure, même, qu'elle a un commencement et une fin parfaitement identifiés. Les règles de travail de l'équipe devraient être suffisamment définies pour permettre à ce travail de prendre fin et d'être évalué. Cependant une équipe instable dans sa composition fait baisser la qualité de la coopération, dans la mesure où chaque fois qu'un membre quitte l'équipe ou qu'un autre s'ajoute, c'est l'ensemble de l'équipe qui doit de nouveau s'adapter et redéfinir son fonctionnement.

3. Le mythe de l'amour dans l'équipe

On peut dire que dans toute structure de travail, on se fonde d'autant plus sur l'affectif que la référence à une méthodologie rigoureuse de travail est absente. On mesure alors à quel point la structure de l'équipe est d'une extrême fragilité (il suffit que l'on ne s'aime plus pour que l'équipe n'existe plus) et les incidences que cela peut avoir sur la qualité des productions de l'équipe.

4. Le mythe de "l'égalité et du partage"

Le "tous autant" et le "tous pareils" limite considérablement l'éventail des négociations possibles dans le travail en équipe.

LES DIFFICULTES DU TRAVAIL EN EQUIPE

1. Les traits de personnalité peuvent-être des facteurs de tension et de rupture.

2. Les différences de motivations et d'intérêt pour la tâche peuvent créer des foyers de discorde à l'intérieur de l'équipe. L'objectif de travail doit alors être rappelé car les participants perdent de vue le rôle qu'ils doivent jouer dans l'équipe, pour se centrer sur leurs rapports, leurs relations.

3. Les différences de langage

Il ne peut y avoir de travail en équipe sans liberté des communications, et tout obstacle à cette communication menace sérieusement la vie de l'équipe, d'où la nécessité de trouver un langage commun qui cimente l'équipe et qui exprime l'appartenance à celle-ci.

4. Les difficultés psychologiques telles que :

La frustration

*Le travail en équipe c'est le passage de règles individuelles à des règles de groupe. Ce passage à des règles collectives est toujours vécu, au minimum, comme une frustration qui peut aller dans certains cas, jusqu'à l'impression de reniement de soi.

* Ce sentiment ne peut-être dépassé que par rapport d'une "quantité de plaisir" compensatrice qui est fournie par la qualité de production du groupe. C'est dire si le rôle de l'animateur, comme "garant" de cette qualité de la production est fondamentale pour la survie du groupe.

* La tendance à l'individualisme qui existe comme une tendance naturelle encouragée par un système utilisant l'émulation, la compétition, la rivalité, la sélection, etc....

* L'envahissement de l'affectif qui transforme une équipe en groupe fusionnel, en un clan qui risque de ne plus s'ouvrir sur l'extérieur et de se complaire dans une routine confortable.

* L'accroissement de la difficulté de la tâche, donc l'accroissement du risque pour chacun.

*L'accroissement de l'investissement personnel au delà du seuil de tolérance.

* L'accumulation des échecs qui entraîne un sentiment d'incapacité, d'impuissance et conduit l'équipe à avoir une mauvaise image d'elle-même, ce qui baisse son potentiel d'efficacité.

5. Les difficultés organisationnelles et institutionnelles

L'équipe est prise dans un réseau d'interactions développant des jeux de pouvoir, qui l'influencent directement. Elle même en tant que structure détient des potentialités de pouvoir. Le passage du travail individuel au travail en équipe modifie les jeux de pouvoir et le rapport des participants. Les équipes ont une nouvelle conscience de la qualité des informations qu'elles possèdent et du pouvoir que celles-ci leur donnent. ce changement interpelle les institutions par de nouveaux découpages avec une nouvelle distribution des délégations de pouvoir.

6.Les difficultés de mise en oeuvre de la méthodologie d'action de l'équipe

* Définir des objectifs de travail après observation de différentes situations vécues dans la structure.

* Définir des moyens de mise en oeuvre de ces objectifs.

* Définir un mode d'évaluation du travail de l'équipe.

LES AMBIGUITES PERSONNELLES FACE AU TRAVAIL EN EQUIPE

l.L'image de soi

Le groupe "joue" comme un miroir ; il renvoie aux participants des images positives ou négatives, gratifiantes ou non qui réactivent toujours une perception inconsciente que le sujet a de lui-même. Cette perception touche à ses compétences, à sa personnalité etc... et peut bloquer sa participation au travail de l'équipe (il peut avoir peur des autres, censurer son expression, ses actions).

2. Les objectifs implicite de chacun en réponse à des besoins personnels

* Le désir de rencontre - la rupture de la solitude Cet objectif implicite fait du travail en équipe un lieu d'échange où d'expression personnelle est privilégiée et où la censure verbale est interdite (on vient pour échanger, l'expression est une fin en soi).

* La recherche de la caution de l'équipe Certains recherchent dans l'équipe la fuite de la prise de responsabilité, la confirmation de leurs hypothèses, une caution collective, afin de se trouver conforté dans une position (ce n'est pas moi, c'est l'équipe).

* L'équipe comme lieu de reconnaissance de soi ou comme lieu de prise de pouvoir. * L'équipe comme lieu d'évacuation des conflits personnels, comme lieu de règlement de compte. L'équipe est utilisé comme tiers, comme témoin ou comme arbitre de conflits qui ne relèvent pas de sa compétence.

3. La résistance à la méthodologie

La méthodologie en tant qu'ensemble constitué de règles, de lois, etc... apparaît comme une entrave à la liberté individuelle, à la création, au respect des individus. Elle s'oppose au mythe de la "spontanéité".



REFERENCE A LIRE:
- article des ASH du 04/10/02 n°2279, page 33-34
"Quand l'organisation du travail conduit à l'épuisement professionnel"
de la psychologue Marie-France Custos-Lucidi

-article des ASH du 07/03/03 n°2301, page 27-28
Les responsables sanitaires, sociaux et médico-sociaux à l'épreuve du transfert
de la psychologue Marie-France Custos-Lucidi
Source/auteur: cours formation eje2003 d'UF 4 vie collective
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